Textes d'Unité Evangélique : Déclaration de Lausanne et Manifeste de Manille
Publié le 25 Mai 2010

DECLARATION DE LAUSANNE
INTRODUCTION
Nous, membres de l'Église de Jésus-Christ, venus de plus de 150 nations participer au
Congrès International pour l'évangélisation mondiale à Lausanne, nous louons Dieu pour
son salut merveilleux, nous nous réjouissons de la communion qu'Il nous a donnée avec
lui-même et les uns avec les autres. Nous sommes profondément touchés de ce que Dieu
accomplit aujourd'hui, nous sommes poussés à nous repentir de nos manquements et
stimulés par la tâche qui nous reste à accomplir dans le domaine de l'évangélisation. Nous
croyons que l'Évangile est la Bonne Nouvelle de Dieu pour le monde entier. Avec l'aide de
sa grâce, nous sommes décidés à obéir au commandement du Christ : proclamer cet
Évangile à l'humanité entière et faire de toutes les nations des disciples. C'est pourquoi
nous désirons affirmer notre foi et notre résolution et rendre public notre engagement.
1. LE DESSEIN DE DIEU :
Nous affirmons notre foi au Dieu éternel et unique, créateur et Seigneur du monde, Père,
Fils et Saint-Esprit, qui règne sur toutes choses selon le dessein de sa volonté. Il a appelé
du milieu du monde un peuple qui lui appartient et Il l'a envoyé dans le monde pour servir
et témoigner, pour faire avancer son règne, édifier le Corps du Christ et glorifier son nom.
Nous confessons avec honte que nous avons souvent renié notre vocation et failli à notre
mission, car nous nous sommes conformés au monde ou bien nous nous en sommes
retirés. Cependant, même s'il est porté dans des vases de terre, l'Évangile reste un trésor
précieux et nous nous en réjouissons. Nous désirons de nouveau nous consacrer à faire
connaître ce trésor au monde, par la puissance du Saint-Esprit.
2. AUTORITÉ ET PUISSANCE DE LA BIBLE :
Nous affirmons l'inspiration divine, la vérité et l'autorité de l'Écriture, de l'Ancien et du
Nouveau Testament, dans sa totalité. Il n'y a point d'erreur dans tout ce qu'elle affirme. Elle
est la seule Parole écrite de Dieu et l'unique règle infaillible de foi et de vie. Nous affirmons
aussi que cette Parole est puissante pour accomplir le dessein de salut de Dieu. Le
message de la Bible s'adresse à l'humanité entière car la révélation de Dieu en Christ,
telle que nous la trouvons dans l'Écriture, ne saurait changer. Par elle, le Saint-Esprit
continue à nous parler aujourd'hui; dans chaque culture, il illumine l'intelligence du peuple
de Dieu afin qu'il perçoive personnellement et de façon nouvelle la vérité divine et qu'il
révèle ainsi à l'Église entière la sagesse infiniment variée de Dieu.
3. LE CHRIST UNIQUE ET UNIVERSEL :
Nous affirmons qu'il n'y a qu'un seul Sauveur et un seul Évangile, bien qu'il y ait diverses
manières d'évangéliser. Nous pensons que tous les hommes ont une certaine
connaissance de Dieu, car ils peuvent le reconnaître dans ses oeuvres. Mais cette
révélation naturelle ne peut les sauver car, par leur injustice, ils retiennent la vérité captive.
Nous rejetons aussi toute espèce de syncrétisme et de dialogue qui sous-entend que
Christ parle de façon équivalente au travers de toutes les religions et idéologies, car cela
ne donne pas au Christ ni à son Évangile la place qui leur revient. Jésus-Christ, qui est le
seul Dieu-homme et qui s'est livré comme unique rançon pour les pécheurs, est le seul
médiateur entre Dieu et les hommes. Il n'y a pas d'autre nom par lequel nous devions être
sauvés. Tous les hommes périssent à cause du péché, mais Dieu les aime tous. Il désire
qu'aucun ne périsse mais que tous se repentent. Ceux qui rejettent le Christ refusent la
joie du salut et se condamnent eux-mêmes à la séparation éternelle d'avec Dieu.
Proclamer Jésus comme "Sauveur du monde" ne veut pas dire que tous les hommes sont
automatiquement sauvés ou qu'ils le seront tous en fin de compte. Cela signifie encore
moins que toutes les religions offrent le salut en Christ. Cela consiste plutôt à proclamer
l'amour de Dieu pour un monde pécheur, à inviter tous les hommes à se tourner vers Lui
comme leur Sauveur et Seigneur et à se donner à Lui, chacun personnellement et de tout
leur coeur dans un acte de repentance et de foi. Jésus-Christ a été élevé au-dessus de
tout autre nom :nous attendons ardemment le jour où tout genou fléchira devant Lui et où
toute langue le confessera comme Seigneur.
4. LA NATURE DE L'ÉVANGÉLISATION :
Évangéliser, c'est répandre la Bonne Nouvelle que Jésus-Christ est mort pour nos péchés,
qu'Il est ressuscité des morts selon les Écritures, qu'Il règne en Seigneur et qu'Il offre
maintenant, à tous ceux qui se repentent et qui croient, le pardon des péchés et le don du
Saint-Esprit pour nous rendre libres. Notre présence chrétienne dans le monde est
indispensable à l'évangélisation, de même qu'un dialogue ouvert dans l'amour afin de
mieux comprendre le prochain. Mais l'évangélisation elle-même est la proclamation du
Christ : persuader les hommes de venir personnellement à Lui pour être réconciliés avec
Dieu. Lorsque nous transmettons l'invitation de l'Évangile, nous n'avons pas le droit de
cacher ce qu'il en coûte d'être un disciple du Christ. Jésus continue d'appeler ceux qui
veulent le suivre à renoncer à eux-mêmes, à se charger de leur Croix et à s'identifier avec
la communauté de ceux qui lui appartiennent. L'obéissance au Christ, l'intégration à son
Église et un service responsable dans le monde sont les conséquences de
l'évangélisation.
5. RESPONSABILITE SOCIALE DU CHRÉTIEN :
Nous affirmons que Dieu est à la fois le Créateur et le Juge de tous les hommes ; nous
devrions par conséquent désirer comme lui que la justice règne dans la société, que les
hommes se réconcilient et qu'ils soient libérés de toutes les sortes d'oppressions.
L'homme étant créé à l'image de Dieu, chaque personne humaine possède une dignité
intrinsèque, quelle que soit sa religion ou la couleur de sa peau, sa culture, sa classe
sociale, son sexe ou son âge; c'est pourquoi chaque être humain devrait être respecté,
servi et non exploité. Là aussi nous reconnaissons avec humilité que nous avons été
négligents et que nous avons parfois considéré l'évangélisation et l'action sociale comme
s'excluant l'une l'autre. La réconciliation de l'homme avec l'homme n'est pas la
réconciliation de l'homme avec Dieu, l'action sociale n'est pas l'évangélisation, et le salut
n'est pas une libération politique. Néanmoins nous affirmons que l'évangelisation et
l'engagement socio-politique font tous deux partie de notre devoir chrétien. Tous les deux
sont l'expression nécessaire de notre doctrine de Dieu et de l'homme, de l'amour du
prochain et de l'obéissance à Jésus-Christ. Le message du salut implique aussi un
message de jugement sur toute forme d'aliénation, d'oppression et de discrimination. Nous
ne devons pas craindre de dénoncer le mal et l'injustice où qu'ils soient. Lorsque les
hommes acceptent Christ, ils entrent par la nouvelle naissance dans son Royaume et ils
doivent rechercher, non seulement à refléter sa justice, mais encore à la répandre dans un
monde injuste. Le salut dont nous nous réclamons devrait nous transformer totalement
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dans notre façon d'assumer nos responsabilités personnelles et sociales. La foi sans les
oeuvres est morte.
6. L'ÉGLISE ET L'ÉVANGELISATION :
Nous affirmons que Christ envoie son peuple racheté dans le monde, comme le Père a
envoyé le Fils et que ceci demande que nous pénétrions profondément dans le monde
quel que soit le prix à payer. Nous devons sortir de nos ghettos ecclésiastiques et
imprégner la société non chrétienne. Dans sa mission de service sacerdotal, l'Église doit
accorder la priorité à l'évangélisation. L'évangélisation du monde exige que toute l'Église
apporte l'Évangile dans sa totalité au monde entier. L'Église est au centre même du
dessein de Dieu pour l'univers, elle est le moyen choisi par Lui pour répandre l'Évangile.
Mais une Église qui prêche la Croix, doit porter elle-même la marque de la Croix. Elle fait
obstacle à l'évangélisation lorsqu'elle trahit l'Évangile, lorsqu'il lui manque la foi vivante en
Dieu, l'amour véritable pour les hommes ou l'honnêteté scrupuleuse en toutes choses.
L'Église est la communauté du peuple de Dieu plutôt qu'une institution; elle ne doit être
assimilée à aucune culture particulière, à aucun système politique ou social, à aucune
idéologie humaine.
7. COOPÉRATION DANS L'ÉVANGÉLISATION :
Nous affirmons que Dieu veut que son Église soit, de façon visible, une dans la vérité.
L'évangélisation de son côté nous exhorte à être unis car l'unité renforce notre
témoignage, tandis que nos divisions dévaluent l'Évangile de la réconciliation. Nous
reconnaissons cependant que l'unité d'organisation peut prendre des formes diverses et
ne favorise pas forcément l'évangélisation. Toutefois nous qui partageons la même foi
biblique, nous devrions être intimement unis dans la communion fraternelle, dans
l'accomplissement de notre tâche et de notre témoignage. Nous confessons que notre
témoignage a été parfois déprécié par notre individualisme coupable et par une dispersion
inutile. Nous nous engageons à rechercher une unité plus profonde dans la vérité,
l'adoration, la sainteté et la mission. Nous préconisons une collaboration intensifiée sur le
plan régional, pour aider l'Église à poursuivre sa tâche, élaborer des plans stratégiques,
s'encourager mutuellement et partager ressources et expérience.
8. COLLABORATION DES ÉGLISES DANS L'ÉVANGÉLISATION :
Nous nous réjouissons de voir se lever une nouvelle ère missionnaire. Nous assistons à la
disparition rapide du rôle dominant des missions occidentales. Dieu est en train de
susciter dans les jeunes Églises une force puissante et renouvelée pour l'évangélisation
du monde. Il démontre ainsi que la responsabilité d'évangéliser appartient au Corps du
Christ tout entier. C'est pourquoi toutes les Églises devraient demander à Dieu (et se
demander) ce qu'il leur faudrait faire pour évangéliser leur propre contrée et pour envoyer
des missionnaires dans d'autres parties du monde. Nous devrions constamment réévaluer
notre rôle et notre responsabilité missionnaires. Ainsi se développera une collaboration
croissante des Églises et le caractère universel de l'Église du Christ apparaîtra plus
clairement. Nous remercions aussi Dieu pour ceux qui traduisent la Bible ou qui sont
engagés dans la formation théologique, les mass média, la littérature chrétienne,
l'évangélisation, les efforts pour renouveler l'Église et toute autre action spécialisée. Eux
aussi devraient constamment s'examiner pour voir s'ils contribuent efficacement à la
mission de l'Eglise.
9. URGENCE DE L'ÉVANGÉLISATION :
Plus de 2700 millions de personnes, c'est-à-dire plus des deux tiers de l'humanité, doivent
encore être évangélisés. Nous sommes honteux que tant d'hommes aient été négligés;
c'est pour nous et pour toute l'Église un constant reproche. Toutefois nous constatons
aujourd'hui dans beaucoup de parties du monde que les hommes sont réceptifs, comme
jamais auparavant, au Seigneur Jésus-Christ. Nous sommes convaincus que le temps est
venu pour les Églises et pour les organisations para-ecclésiastiques de prier avec
insistance pour le salut de ceux qui n'ont pas encore été atteints et pour accomplir de
nouveaux efforts en vue d'achever l'évangélisation du monde. Dans un pays déjà
évangélisé il peut être parfois nécessaire de réduire le nombre des missionnaires
étrangers et de restreindre l'aide financière pour faciliter la croissance de l'Église Indigène
et l'aider à acquérir plus de confiance en elle-même, et débloquer ainsi des fonds pour les
régions non évangélisées. Les missionnaires devraient se déplacer de plus en plus
librement au travers des six continents, animés d'un esprit d'humilité et de service. Notre
but : obtenir par tous les moyens et le plus tôt possible que chaque homme puisse
entendre, comprendre et accepter la Bonne Nouvelle. Ce but ne sera certainement pas
atteint sans sacrifice. Nous sommes tous choqués par la pauvreté de millions d'êtres et
troublés par les injustices qui en sont la cause. Ceux d'entre nous qui vivent dans
l'abondance acceptent comme un devoir de vivre plus simplement pour contribuer plus
généreusement à l'évangélisation et à l'aide aux deshérités.
10. ÉVANGÉLISATION ET CULTURE :
Le développement de stratégies pour l'évangélisation du monde réclame de l'imagination
et des méthodes d'avant-garde. Avec l'aide de Dieu, il en résultera des Églises
profondément enracinées en Christ et étroitement rattachées à la culture de leur pays.
Celle-ci doit toujours être vérifiée et jugée par l'Écriture. L'homme est une créature de
Dieu, c'est pourquoi certains aspects de sa culture sont empreints de beauté et de bonté.
Cependant, il est également une créature déchue, c'est pourquoi elle est aussi entachée
de péché et porte même parfois des traces d'influence démoniaque. L'Evangile ne
présuppose nullement la supériorité d'une culture par rapport à une autre, mais il les
évalue toutes d'après ses propres critères de vérité et de justice ; il insiste, dans chaque
culture, sur les impératifs absolus de la morale. Trop souvent, les missions ont exporté, en
même temps que l'Évangile, une culture étrangère et les Églises ont été parfois esclaves
de la culture, plutôt que de l'Écriture. Les évangélistes du Christ doivent humblement
chercher à se libérer de tout ce qui ne leur est pas authentique et personnel, pour devenir
serviteurs des autres. Les Eglises doivent chercher à transformer la culture et à l'enrichir
pour la plus grande gloire de Dieu.
11. ENSEIGNEMENT ET AUTORITÉ :
Nous confessons que nous avons parfois recherché la croissance de l'Église au détriment
de sa valeur spirituelle et que nous avons séparé l'évangélisation de l'édification
chrétienne. Nous reconnaissons également que certaines de nos missions ont été trop
lentes à former des responsables autochtones et à leur demander d'assumer les tâches
qui leur incombent. Nous sommes convaincus que les indigènes doivent prendre en mains
la responsabilité de l'Église et nous espérons vivement que, dans chaque pays, l'Église
aura ses propres responsables qui dirigeront dans un esprit chrétien, non pas en dominant
le troupeau, mais en étant ses serviteurs. Nous reconnaissons qu'il est urgent d'améliorer
la formation théologique, surtout celle des responsables d'Églises. Dans chaque nation,
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dans chaque culture, nous souhaitons que soit établi un programme efficace pour la
formation des pasteurs et des laïcs (doctrine, évangélisation, édification, service, formation
de disciples). De tels programmes ne devraient pas dépendre de méthodes stéréotypées,
mais se développer par des initiatives locales conformes aux normes bibliques.
12. CONFLITS SPIRITUELS :
Nous croyons que nous sommes engagés dans une lutte spirituelle constante contre les
principautés et les puissances du mal qui cherchent à renverser l'Église et à l'empêcher
d'évangéliser le monde. Nous savons qu'il nous faut revêtir l'armure de Dieu et combattre
avec les armes spirituelles de la vérité et de la prière. Nous discernons l'activité de notre
ennemi, non seulement dans les fausses idéologies répandues dans le monde, mais
encore à l'intérieur même de l'Église, dans les évangiles falsifiés qui tordent le sens des
Écritures et qui mettent l'homme à la place de Dieu. Nous avons besoin de vigilance et de
discernement pour maintenir l'Évangile biblique. Nous reconnaissons que nous-mêmes ne
sommes pas à l'abri de l'esprit du monde en ce qui concerne notre pensée et notre action,
c'est-à-dire que nous cédons au sécularisme. Par exemple, bien que des études attentives
de la croissance numérique et spirituelle des Églises soient utiles et justifiées, nous les
avons parfois négligées. D'autres fois, dans notre désir de voir les gens répondre à
l'Évangile, nous avons engagé notre message dans des compromis, nous avons manipulé
nos auditeurs par des pressions psychologiques, nous nous sommes trop préoccupés de
statistiques et nous avons manqué d'intégrité en les utilisant. Tout cela porte la marque du
monde. L'Église doit être dans le monde; le monde ne doit pas être dans l'Église.
13. LIBERTÉ ET PERSÉCUTION :
Dieu a chargé tous les gouvernements d'assurer des conditions de paix, de justice et de
liberté dans lesquelles l'Église peut lui obéir, servir Christ le Seigneur et prêcher l'Évangile
sans empêchement. C'est pourquoi nous prions pour les chefs des nations et nous leur
demandons de garantir la liberté de pensée et de conscience, ainsi que celle de pratiquer
la religion et de la propager selon la volonté de Dieu et conformément à la Déclaration
Universelle des Droits de l'Homme. Nous sommes intensément préoccupés par tous ceux
qui ont été injustement emprisonnés. Nous pensons particulièrement à nos frères qui
souffrent à cause de leur témoignage au Seigneur Jésus. Nous promettons de prier et
d'agir pour leur libération. En même temps nous refusons de nous laisser intimider par leur
sort. Avec l'aide de Dieu, nous chercherons aussi à nous opposer à l'injustice et à rester
fidèles à l'Évangile, quel qu'en soit le prix. Nous nous souvenons de l'avertissement de
Jésus : la persécution est inévitable.
14. LA PUISSANCE DU SAINT-ESPRIT :
Nous croyons en la puissance du Saint-Esprit. Le Père a envoyé son Esprit pour
témoigner de son Fils; sans son témoignage, le nôtre est vain. Il produit en nous la
conviction de péché, la foi en Christ, la nouvelle naissance et la croissance dans la vie
chrétienne. D'autre part le Saint-Esprit est un esprit missionnaire: ainsi l'évangélisation
devrait jaillir spontanément d'une Eglise remplie de l'Esprit. Lorsqu'une Église n'est pas
missionnaire, elle est en contradiction avec elle-même et elle éteint l'Esprit. Une
évangélisation à l'échelle mondiale ne deviendra une possibilité réelle que lorsque l'Esprit
renouvellera l'Église dans la vérité et la sagesse, la foi, la sainteté, l'amour et la puissance.
C'est pourquoi nous demandons à tous les chrétiens de prier Dieu pour une telle visitation
de son Esprit souverain, afin que son fruit soit manifesté en tous ceux qui lui appartiennent
et que tous ses dons puissent enrichir le Corps du Christ. Alors seulement, l'Église entière
deviendra un instrument utile dans sa main et toute la terre pourra entendre sa voix.
15. LE RETOUR DU CHRIST :
Nous croyons que Jésus, en personne, reviendra de façon visible, dans la puissance et
dans la gloire, pour parachever son salut et son jugement. Cette promesse de retour est
un stimulant supplémentaire pour notre évangélisation, car nous nous rappelons qu'il a dit
que l'Évangile doit être d'abord prêché à toutes les nations. Nous croyons que cette
période intermédiaire entre l'ascension et le retour du Christ doit être remplie de l'activité
missionnaire du peuple de Dieu qui n'a pas le droit de s'arrêter avant la fin. Nous nous
souvenons aussi qu'il nous a avertis : de faux christs et de faux prophètes se lèveront,
précurseurs de l'Antéchrist final. C'est pourquoi nous rejetons, comme rêve orgueilleux et
présomptueux, l'idée que l'homme puisse jamais édifier sur terre un règne de paix et de
bonheur. Nous croyons que Dieu rendra son royaume parfait et, avec un ardent désir,
nous attendons ce jour ainsi que les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice
habitera et où Dieu règnera pour toujours. Entre-temps, nous nous consacrons de
nouveau au service du Christ et à celui des hommes, en nous soumettant avec joie à son
autorité sur nos vies tout entières.
CONCLUSION:
Puisque telle est notre foi et notre résolution, nous nous engageons par une alliance
solennelle avec Dieu, et les uns avec les autres, à prier, à dresser des plans et à oeuvrer
ensemble pour l'évangélisation du monde entier. Nous appelons autrui à se joindre à
nous. Que Dieu nous aide par sa grâce et pour sa gloire à être fidèles à cette alliance !
Amen ! Alléluia !
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La Déclaration de Lausanne est issue du Congrès international pour l'évangélisation
(CIPEM) qui s'est tenu à Lausanne en juillet 1974 avec une participation de plus de 4000
chrétiens venus du monde entier.
MANIFESTE DE MANILLE
INTRODUCTION
En juillet 1974, s'est tenu, à Lausanne en Suisse, le Congrès international sur l'évangélisation du
monde ; il a publié la Déclaration de Lausanne. En juillet 1989, à Manille, plus de 3000 participants
d'environ 170 pays se sont de nouveau rassemblés et ont publié le Manifeste de Manille. Nous
sommes reconnaissants pour l'accueil de nos frères et soeurs philippins.
Pendant les 15 ans qui se sont écoulés entre les deux congrès, plusieurs consultations ont eu lieu
sur des thèmes tels que "Evangile et culture", "évangélisation et responsabilité sociale", "un style de
vie simple", "l'Esprit Saint" et "la conversion". Ces rencontres et leurs rapports ont enrichi la
réflexion du Mouvement de Lausanne.
Un manifeste est une déclaration publique de convictions, d'intentions et de
motivations. Le Manifeste de Manille s'appuie sur les deux thèmes du congrès:
"Proclamer le Christ jusqu'à ce qu'il vienne" et "Appeler l'Eglise tout entière à porter
l'Evangile tout entier au monde tout entier". Sa première partie se compose d'une
série de 21 affirmations succinctes ; la deuxième les développe en 12 sections que
nous recommandons aux Eglises, à côté de la Déclaration de Lausanne, pour
l'étude et l'action.
1. 21 AFFIRMATIONS
1.Nous affirmons notre fidèle attachement à la Déclaration de Lausanne, qui fonde notre
coopération dans le Mouvement de Lausanne.
2. Nous affirmons que, dans les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Dieu
nous a donné la révélation normative de sa nature et de sa volonté, de son oeuvre
rédemptrice et de la signification de celle-ci, ainsi que de l'ordre de mission avec lequel il
nous envoie.
3. Nous affirmons que l'Evangile biblique est le message permanent de Dieu à notre
monde ; nous sommes résolus à le défendre, à le proclamer et à le vivre.
4. Nous affirmons que les êtres humains, bien que créés à l'image de Dieu, sont des êtres
pécheurs et coupables, perdus sans le Christ. Cette vérité est nécessairement préalable à
celle de l'Evangile.
5. Nous affirmons que le Jésus de l'histoire et le Christ de gloire sont une seule et même
personne ; Jésus-Christ est absolument unique, car lui seul est Dieu incarné, lui seul a
porté nos péchés, a vaincu la mort et viendra comme juge.
6. Nous affirmons que, sur la croix, Jésus-Christ a pris notre place, porté nos péchés et
subi notre mort ; c'est pour cette unique raison que Dieu pardonne à tous ceux qui se
repentent et mettent leur confiance dans le Christ.
7. Nous affirmons que les autres religions et idéologies ne sont pas d'autres manières
d'aller à Dieu, et que la spiritualité humaine, en dehors de la rédemption par le Christ,
mène au jugement et non à Dieu, car le Christ est le seul chemin.
8. Nous affirmons que nous devons manifester l'amour de Dieu de façon visible, en nous
occupant de ceux et de celles qui sont privés de justice, de dignité, de nourriture et d'abri.
9. Nous affirmons que la proclamation du Royaume de Dieu, royaume de justice et de
paix, exige de notre part la dénonciation de toute injustice et de toute oppression,
personnelle ou institutionnelle ; nous ne reculerons pas devant ce témoignage
prophétique.
10. Nous affirmons que le témoignage rendu au Christ par le Saint-Esprit est
indispensable dans l'évangélisation ; sans son action surnaturelle, ni la nouvelle naissance
ni la vie nouvelle ne sont possibles.
11. Nous affirmons que le combat spirituel exige des armes spirituelles : nous devons à la
fois prêcher la Parole par la puissance de l'Esprit et prier constamment pour pouvoir entrer
dans la victoire du Christ sur les principautés et les puissances du mal.
12. Nous affirmons que Dieu a confié à l'Eglise tout entière et aussi à chacun de ses
membres la tâche de faire connaître le Christ partout dans le monde ; nous avons un
ardent désir de voir laïcs et pasteurs mobilisés et formés pour cette tâche.
13. Nous affirmons que nous devons surmonter, au sein de nos communautés, nous, qui
nous disons membres du corps du Christ, les barrières de race, de sexe et de classe.
14. Nous affirmons que les dons de l'Esprit sont accordés à tout le peuple de Dieu, aux
femmes comme aux hommes, et qu'il faut encourager la collaboration de tous dans
l'oeuvre d'évangélisation, pour le bien commun.
15. Nous affirmons qu'en proclamant l'Evangile, il nous incombe d'en présenter le reflet
dans une vie de sainteté et d'amour ; sinon, notre témoignage perd sa crédibilité.
16. Nous affirmons que toute Eglise locale doit se tourner vers l'extérieur, vers la
collectivité environnante, par le témoignage évangélique et le service.
17. Nous affirmons qu'il est urgent que les Eglises et les organisations missionnaires
chrétiennes collaborent dans l'évangélisation et dans l'action sociale, éliminant tout esprit
de concurrence entre elles et évitant les doubles emplois.
18. Nous affirmons qu'il est de notre devoir d'étudier la société dans laquelle nous vivons,
afin d'en comprendre les structures, les valeurs et les besoins, et de développer ainsi une
stratégie missionnaire appropriée.
19. Nous affirmons que l'évangélisation du monde est une tâche urgente et qu'il est
possible d'atteindre les populations non atteintes. Nous nous engageons donc à nous
consacrer à cette tâche avec une détermination nouvelle pendant la dernière décennie du
20e siècle.
20. Nous affirmons notre solidarité avec ceux qui souffrent à cause de l'Evangile, et nous
voulons nous préparer à faire face à une telle éventualité. Nous sommes également
résolus à oeuvrer en faveur de la liberté religieuse et politique en tout lieu.
21. Nous affirmons que Dieu appelle l'Eglise tout entière à porter l'Evangile tout entier au
monde tout entier. Nous sommes donc résolus à le proclamer fidèlement, dès à présent et
à tout prix, jusqu'au retour de Jésus.
2. L'EVANGILE TOUT ENTIER
L'Evangile est la Bonne Nouvelle du salut de Dieu, qui nous délivre des puissances du
mal, et l'instauration de son royaume éternel et de sa victoire ultime sur tout ce qui
s'oppose à ses desseins. Dans son amour, Dieu a conçu, dès avant la fondation du
monde, son plan de libération du péché, de la mort et du jugement, au prix de la mort de
notre Seigneur Jésus-Christ. C'est le Christ qui nous rend libres et nous intègre à la
communauté des rachetés.
(1) Notre condition humaine
Notre mission est de prêcher l'Evangile tout entier, c'est-à-dire l'Evangile biblique dans sa
plénitude. Pour ce faire, il nous faut comprendre pourquoi l'être humain en a besoin.
Hommes et femmes tirent leur dignité et leur valeur de ce qu'ils ont été créés à l'image de
Dieu pour le connaître, l'aimer et le servir. Mais maintenant, le péché atteint chacun des
aspects de leur humanité. Les êtres humains sont devenus égocentriques : des rebelles et
des égoïstes incapables d'aimer Dieu et leur prochain comme ils le devraient. En
conséquence, ils se sont éloignés et du Créateur et du reste de la création. Telle est la
cause fondamentale de la souffrance, du désarroi et de la solitude dont tant de personnes
souffrent aujourd'hui. Fréquemment aussi, le péché dégénère en comportement antisocial,
en exploitation d'autrui et en dilapidation des ressources de la planète dont Dieu a
remis la gérance aux hommes et aux femmes. L'humanité est coupable, inexcusable et
engagée sur le large chemin qui mène à la catastrophe.
Les êtres humains demeurent cependant capables, malgré la corruption de l'image de
Dieu en eux, de relations aimantes, d'actions nobles et de beauté dans l'oeuvre d'art.
Pourtant, même la plus belle des réalisations humaines est inévitablement imparfaite et ne
rend pas digne d'entrer dans la présence de Dieu. Les hommes et les femmes sont aussi
des êtres spirituels dont les pratiques religieuses et les efforts personnels, s'ils peuvent
leur apporter quelque soulagement, sont inopérants face aux graves réalités que sont le
péché, la culpabilité et le jugement. Ni la religion, ni la vertu, ni les programmes sociopolitiques
ne procurent le salut. Il est impossible de se sauver soi-même. Laissés à euxmêmes,
les humains sont perdus à jamais.
Dès lors nous refusons tout pseudo-évangile qui nierait le péché de l'homme, le jugement
de Dieu, la divinité et l'incarnation de Jésus-Christ, le caractère nécessaire de la croix et
de la résurrection. Nous rejetons également tout Evangile amputé minimisant le péché et
mêlant grâce de Dieu et efforts propres des humains. Nous confessons avoir parfois
affaibli nous-mêmes l'Evangile. Nous sommes donc résolus à rappeler le diagnostic sans
complaisance de Dieu ainsi que le remède radical qui l'accompagne.
(2) Bonne Nouvelle pour aujourd'hui
Nous sommes dans la joie parce que le Dieu vivant ne nous a pas abandonnés à la
perdition et au désespoir. Par amour, il est venu nous chercher, en Jésus-Christ, pour
nous sauver et faire de nous de nouvelles créatures. Aussi la Bonne Nouvelle se trouve-telle
centrée sur la personne historique de Jésus : il est venu proclamer le royaume de
Dieu et vivre une vie de service ; il est mort pour nous, devenant péché et malédiction à
notre place ; et Dieu lui a rendu justice en le ressuscitant des morts. A ceux qui se
repentent et qui croient au Christ, Dieu accorde de prendre part à sa nouvelle création. Il
nous donne une vie nouvelle en nous pardonnant nos péchés et en mettant en nous la
puissance transformatrice de son Esprit. Il nous accueille dans une nouvelle communauté
composée de personnes de toutes races, de toutes nations et de toutes cultures. Et il
nous promet qu'un jour, nous serons dans un monde nouveau d'où tout mal aura disparu,
où la nature sera rachetée et où Dieu régnera pour l'éternité.
Il nous faut proclamer hardiment cette Bonne Nouvelle, partout où cela est possible, dans
l'église et dans les lieux publics, à la radio et à la télévision, ou en plein air. Cette Bonne
Nouvelle est, en effet, la puissance de Dieu pour le salut ; et c'est notre devoir de la faire
connaître. Nous devons annoncer fidèlement la vérité que Dieu a révélée dans la Bible et
nous efforcer de la présenter en tenant compte de notre environnement culturel.
Nous affirmons que l'apologétique, c'est-à-dire "la défense et l'affermissement de
l'Evangile" (Phil 1.7), fait partie intégrante de ce que la Bible appelle la mission, et qu'elle
est essentielle à un témoignage efficace dans le monde d'aujourd'hui. Paul lui-même a
"raisonné" avec les gens qui ne connaissaient pas les Ecritures, afin de les "convaincre"
de la vérité de l'Evangile. Nous devons faire de même. Concrètement, tout chrétien devrait
être prêt à rendre compte de l'espérance qui est en lui (1 Pi 3.15).
Nous avons de nouveau été attentifs à l'accent mis par Luc sur le fait que l'Evangile est
une Bonne Nouvelle pour les pauvres (Luc 4.18 ; 6.20 ; 7.22), et nous nous sommes
demandé ce que cela signifiait pour la majorité de la population mondiale, qui est
démunie, souffrante ou opprimée. Nous nous sommes souvenu que la Loi, les prophètes
et les livres de sagesse, comme l'enseignement et le ministère de Jésus, insistent
également sur la sollicitude de Dieu à l'égard des pauvres au plan matériel et sur le devoir
qui en découle pour nous, de les défendre et d'en prendre soin. L'Ecriture mentionne aussi
les pauvres au plan spirituel, qui n'ont d'espoir qu'en Dieu seul. L'Evangile est une Bonne
Nouvelle pour les uns et les autres. Les pauvres au plan spirituel qui s'humilient devant
Dieu reçoivent par la foi, quelle que soit leur situation économique, le don gratuit du salut.
Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu par un autre chemin. Les pauvres au plan
matériel et les opprimés bénéficient en outre d'une dignité nouvelle, celle des enfants de
Dieu, et de l'amour de frères et de soeurs qui lutteront avec eux pour leur libération de tout
ce qui les afflige et les opprime.
Nous nous repentons si nous avons négligé la vérité de Dieu dans l'Ecriture et sommes
résolus à la proclamer et la défendre. Nous nous repentons là où nous sommes restés
indifférents à la condition des pauvres, où nous avons marqué une préférence pour les
riches, et nous sommes résolus à suivre Jésus en annonçant la Bonne Nouvelle à tous, à
la fois en paroles et en actes.
(3) Le caractère unique de Jésus-Christ
Notre vocation est de proclamer le Christ dans une société de plus en plus pluraliste. On
assiste à la résurgence de croyances anciennes et à l'apparition de nouvelles. Au premier
siècle, pullulaient également "beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs" (1 Cor 8.5). A
cela, les apôtres ont fermement opposé le caractère unique, indispensable et central du
Christ. Nous devons faire de même.
Parce que les hommes et les femmes ont été faits à l'image de Dieu et qu'ils voient dans
la création la marque du Créateur, il arrive que les diverses religions comportent des
éléments de vérité et de beauté. Elles n'offrent pas pour autant d'autres évangiles, des
évangiles de rechange. Les humains sont pécheurs, et "le monde entier est au pouvoir du
Malin" (1 Jn 5.19), c'est pourquoi même les personnes les plus pieuses ont besoin d'être
rachetées par le Christ. Rien ne nous permet donc d'affirmer que le salut peut se trouver
en dehors du Christ et sans une reconnaissance explicite, par la foi, de son oeuvre.
Certains prétendent que l'alliance de Dieu avec Abraham dispense les membres du
peuple juif de reconnaître Jésus comme leur Messie. Nous affirmons que les Juifs ont
autant besoin de Jésus que quiconque. Ce serait une forme d'antisémitisme et un manque
de loyauté à l'égard du Christ de nous écarter du modèle néo-testamentaire selon lequel
l'Evangile s'adresse "aux Juifs d'abord..." Nous rejetons donc l'affirmation que les Juifs ont
une alliance particulière qui rendrait inutile la foi en Jésus-Christ.
Une conviction commune sur Jésus-Christ nous unit. Nous le confessons comme Fils
éternel de Dieu, qui est devenu pleinement homme tout en restant pleinement Dieu; il a
pris notre place à la croix, il a porté nos péchés, il a enduré notre mort, il a fait l'échange
de sa justice et de notre injustice, il est ressuscité dans un corps transformé et il reviendra
en gloire pour juger le monde. Lui seul est le Fils incarné, le Sauveur, le Seigneur et le
Juge ; lui seul, avec le Père et l'Esprit, est digne de louange, de foi et d'obéissance de la
part de tous. Il y a un seul Evangile, comme il y a un seul Christ, dont la mort et la
résurrection constituent le seul chemin qui conduit au salut. Nous rejetons donc à la fois le
relativisme, qui considère toutes les religions et spiritualités comme également valables
pour s'approcher de Dieu, et le syncrétisme qui voudrait mêler la foi au Christ et les autres
croyances.
Plus encore, puisque Dieu a souverainement élevé Jésus, afin que tous le reconnaissent,
tel est aussi notre désir. Pressés par l'amour du Christ, nous devons obéir à son ordre
missionnaire et aimer ses brebis perdues ; nous sommes également pressés par la
"jalousie" pour son saint nom et nous désirons ardemment qu'il reçoive l'honneur et la
gloire qui lui sont dus.
Dans le passé, nous avons parfois adopté à l'égard des adeptes d'autres croyances une
attitude coupable : méconnaissance, arrogance, mépris et parfois même hostilité. Nous
nous en repentons. Néanmoins, nous sommes résolus à rendre un témoignage positif et
sans compromission aucune au caractère unique de notre Seigneur, à sa vie, sa mort et
sa résurrection, dans tous les aspects de notre évangélisation, y compris dans le dialogue
avec les autres religions.
(4) Evangile et responsabilité sociale
L'Evangile authentique doit se manifester par des vies transformées. Un service plein
d'amour doit accompagner notre proclamation de l'amour de Dieu et la mise en pratique
de ses exigences de justice et de paix doit accompagner notre annonce du Royaume de
Dieu.
L'évangélisation est première parce que notre préoccupation majeure est que tous aient
l'occasion d'accepter Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur. Jésus lui-même ne s'est
pas contenté de proclamer le Royaume de Dieu, il en a manifesté concrètement
l'instauration par ses oeuvres de miséricorde et de puissance. Nous sommes appelés
aujourd'hui à conjoindre de la même manière paroles et actes. C'est dans un esprit
d'humilité qu'il nous faut prêcher et enseigner, assister les malades, nourrir ceux qui ont
faim, entourer les prisonniers, aider les défavorisés et les handicapés, et délivrer les
opprimés. Tout en reconnaissant la diversité des dons spirituels, des vocations et des
situations, nous affirmons que la Bonne Nouvelle est inséparable des oeuvres bonnes.
La proclamation du Royaume de Dieu exige la dénonciation prophétique de tout ce qui est
incompatible avec lui. Parmi les maux que nous regrettons vivement, citons la violence
sous toutes ses formes, y compris la violence institutionnalisée, la corruption politique,
l'exploitation des personnes et l'usage abusif des ressources terrestres, la destruction de
la famille, l'interruption volontaire de grossesse, le trafic de drogues et le mépris des droits
de l'homme. Dans notre souci des pauvres, nous sommes angoissés par le poids de la
dette des pays du tiers monde (qui constituent les deux tiers du monde !). Nous sommes
aussi scandalisés par les conditions inhumaines dans lesquelles vivent des millions de
personnes qui portent, comme nous, l'image de Dieu.
Notre engagement permanent dans l'action sociale ne nous fait pas confondre Royaume
de Dieu et société christianisée. Il signifie plutôt que nous reconnaissons les implications
sociales inéluctables du message biblique. La mission véritable est toujours incarnée. Elle
doit pénétrer avec humilité dans le monde des autres, s'identifier à leur situation sociale,
leurs peines et leurs souffrances, et leur combat pour la justice, contre les puissances
oppressives. Cela ne peut se faire sans sacrifices personnels.
L'étroitesse de notre vision, nous nous en repentons, nous a empêchés de proclamer la
seigneurie de Jésus-Christ sur tous les domaines de la vie, privée et publique, locale et
globale. Nous sommes résolus à lui obéir et à "chercher premièrement le Royaume de
Dieu et sa justice" (Mat 6.33).
3. L'EGLISE TOUT ENTIERE
L'Evangile tout entier doit être proclamé par l'Eglise tout entière. La totalité du peuple de
Dieu est appelée à prendre part à l'oeuvre d'évangélisation. Mais, sans l'Esprit de Dieu,
tout effort est vain.
(5) Dieu l'Evangéliste
L'Ecriture déclare que Dieu lui-même est l'Evangéliste par excellence. Car l'Esprit de Dieu
est l'Esprit de vérité, d'amour, de sainteté et de puissance ; sans lui, l'évangélisation est
impossible. C'est lui qui consacre le prédicateur, confirme la parole, prédispose l'auditeur,
convainc le pécheur, illumine l'aveugle, rappelle les morts à la vie ; il nous donne de nous
repentir et de croire, nous agrège au corps du Christ, nous atteste que nous sommes
enfants de Dieu, nous conduit à ressembler au Christ dans l'être et le faire, et nous envoie
à notre tour comme témoins du Christ. En toutes ces choses, l'action principale du Saint-
Esprit est de glorifier Jésus-Christ en nous le révélant et en le formant en nous.
Toute évangélisation implique un combat spirituel contre les principautés et les puissances
mauvaises ; dans ce conflit, seules les armes spirituelles sont adéquates, en particulier la
Parole et l'Esprit, avec la prière. C'est pourquoi nous exhortons tout le peuple chrétien à
prier avec persévérance tant pour le renouveau de l'Eglise que pour l'évangélisation du
monde.
Toute conversion véritable comporte un conflit de pouvoirs qui met en évidence l'autorité
suprême de Jésus-Christ. Il n'y a pas de plus grand miracle que celui de la libération du
croyant de l'esclavage de Satan et du péché, de la crainte et de la vanité, des ténèbres et
de la mort.
Les miracles de Jésus ont, assurément, un caractère particulier, en tant que signes de sa
messianité et préfigurations de son Royaume parfait où tout lui sera soumis ; cependant,
nous n'avons pas pour autant le droit de limiter, aujourd'hui, le pouvoir du Créateur, du
Dieu vivant. Nous rejetons à la fois l'incrédulité qui nie les miracles et l'orgueil qui les
exige, la timidité qui prive de la plénitude de l'Esprit et le triomphalisme qui détourne de la
faiblesse dans laquelle s'accomplit la toute-puissance du Christ.
Nous avons eu la prétention, et nous nous en repentons, soit d'évangéliser par nos
propres forces, soit de dicter son comportement au Saint-Esprit. Nous sommes résolus, à
l'avenir, à ne plus "attrister" ou "éteindre" l'Esprit, mais à nous appliquer plutôt à répandre
la Bonne Nouvelle "avec puissance, avec l'Esprit Saint, et une pleine certitude" (1 Thess
1.5).
(6) Les témoins humains
Dieu l'Evangéliste accorde à son peuple le privilège de travailler avec lui (2 Cor 6.1). En
effet, nous ne pouvons pas témoigner sans lui, mais il choisit habituellement de témoigner
par notre intermédiaire. Si la vocation d'évangéliste, de missionnaire ou de pasteur est
réservée à certains, l'appel à témoigner est adressé à l'Eglise entière, et à chacun de ses
membres en particulier.
Le ministère spécifique des pasteurs et des docteurs est de mener le peuple (laos) de
Dieu à la "perfection en Christ" (Col 1.28) et de le former pour le service de Dieu (Eph
4.11-12). Les pasteurs n'ont pas à monopoliser les ministères mais plutôt à les multiplier
en encourageant les autres à faire usage de leurs dons et en formant les disciples à en
faire d'autres. La domination des clercs sur les laïcs a été un grand mal dans l'histoire de
l'Eglise. Elle a dépouillé les uns et les autres du rôle que Dieu leur avait assigné ; elle a
produit le surmenage pastoral, a affaibli l'Eglise et freiné la diffusion de l'Evangile. Cette
domination est de plus fondamentalement anti-biblique. Nous donc, qui depuis des siècles
avons insisté sur le "sacerdoce de tous les croyants", nous insistons aujourd'hui sur le
ministère de tous les croyants.
Nous reconnaissons avec gratitude que l'enthousiasme et la foi des enfants et des jeunes
sont un enrichissement pour le culte et le témoignage de l'Eglise. Nous devons les former
comme disciples et évangélistes, afin qu'ils puissent conduire au Christ les jeunes de leur
âge.
Dieu a créé les hommes et les femmes, égaux comme porteurs de son image (Gen
1.26-27), il les accueille sur un pied d'égalité en Christ (Gal 3.28) et il a répandu son Esprit
sur toute chair, sur les fils et sur les filles (Act 2.17-18). De plus, puisque le Saint-Esprit
accorde ses dons aux femmes aussi bien qu'aux hommes, celles-ci doivent avoir
l'occasion de les exercer. Nous louons leurs remarquables réalisations dans l'histoire des
missions et nous sommes convaincus que Dieu appelle des femmes à jouer des rôles
semblables aujourd'hui. Bien que nous ne soyons pas entièrement d'accord sur les formes
que pourrait prendre leur "leadership", nous nous accordons à considérer que Dieu
appelle les hommes et les femmes à être partenaires dans l'évangélisation du monde.
Une formation adéquate doit donc être accessible aux uns et aux autres.
Le témoignage des laïcs, hommes et femmes, s'exerce non seulement dans l'Eglise locale
(voir point 8), mais aussi dans le cadre des relations à la maison et au travail. Même les
sans-abri et les chômeurs sont appelés à prendre part au témoignage.
Notre première responsabilité est de témoigner auprès de ceux qui sont déjà nos amis,
parents, voisins ou collègues. L'évangélisation par invitation à domicile concerne aussi
bien les couples que les célibataires. Un foyer chrétien est une illustration des normes de
Dieu en matière de mariage, de sexualité et de vie familiale, et constitue un havre d'amour
et de paix pour ceux qui souffrent ; et des voisins qui ne mettraient jamais les pieds dans
une église, se sentent généralement à l'aise dans un foyer, même au moment où l'on y
parle de l'Evangile.
Un autre cadre pour le témoignage des laïcs est le lieu de travail, parce que la plupart des
chrétiens y passent la moitié de leur temps de veille, et que le travail fait partie de la
vocation divine. Les chrétiens sont témoins du Christ par leur manière de parler, leur zèle,
leur honnêteté, leur conscience professionnelle, leur souci de la justice dans le travail ; et,
tout spécialement, si les autres peuvent discerner que la qualité de leur travail quotidien
vient du désir de glorifier Dieu.
Nous nous repentons d'avoir contribué à décourager le ministère des laïcs, surtout celui
des femmes et des jeunes. Nous sommes résolus à encourager à l'avenir tous les
disciples du Christ à prendre la place qui leur revient de droit et naturellement dans le
témoignage. La véritable évangélisation procède, en effet, d'un coeur débordant de
l'amour du Christ. C'est pourquoi elle est le fait de tout le peuple de Dieu, sans exception.
(7) Des témoins conséquents
Aucune présentation de l'Evangile n'est aussi éloquente qu'une vie transformée ; rien ne
ternit autant le message qu'une vie inconséquente. Il nous est demandé de nous conduire
d'une manière digne de l'Evangile du Christ, et même de lui servir de parure, et d'en
souligner la beauté par une vie de sainteté. Le monde qui nous observe attend, avec
raison, des disciples du Christ un comportement cohérent avec ce qu'ils disent de lui. Un
tel comportement est un témoignage saisissant.
Proclamer le Christ mort pour nous amener à Dieu attire ceux qui ressentent leur soif
spirituelle. Mais ils ne nous croiront pas si rien ne leur montre que nous connaissons nousmêmes
le Dieu vivant, et si nos cultes sont creux, mornes et abstraits.
Notre affirmation de la réconciliation en Christ ne sonnera juste que si nous nous aimons
et nous pardonnons réciproquement, si nous servons les autres en toute humilité, avec
compassion et don de soi, la main tendue bien au-delà de notre communauté.
Appeler autrui à renoncer à soi-même, à prendre sa croix et à suivre le Christ n'aura de
force que si nous-mêmes nous sommes, de toute évidence, morts à notre ambition
égoïste, notre hypocrisie et notre convoitise, et si nous vivons dans la simplicité, le
contentement et la générosité.
Nous déplorons les défaillances que l'on observe chez les chrétiens comme dans les
Eglises : la cupidité, l'orgueil et les rivalités dans le travail, l'esprit de concurrence dans le
service chrétien, la jalousie à l'égard des jeunes responsables, le paternalisme
missionnaire, un tel goût de l'indépendance qu'on refuse de rendre compte, l'abandon des
valeurs chrétiennes en matière de sexualité et la discrimination raciale, sociale et sexuelle,
autant d'expressions de la mondanité qui confèrent à la culture un pouvoir sur l'Eglise
alors qu'il appartient à l'Eglise d'interpeller et de transformer la culture. Nous regrettons
profondément toutes les fois où, soit individuellement soit communautairement, nous
avons confessé le Christ en paroles et l'avons renié en actes. Cette attitude
inconséquente ôte à notre témoignage toute crédibilité. Nous reconnaissons nos luttes et
nos défaillances continuelles. Nous sommes résolus, à l'avenir, à faire preuve, par la
grâce de Dieu, de plus de cohérence dans notre comportement individuel et ecclésial.
(8) L'Eglise locale
Chaque communauté chrétienne est la manifestation locale du corps du Christ et en
assume les responsabilités. Elle est à la fois "un saint sacerdoce", pour offrir un sacrifice
spirituel de louange, et "une nation sainte" pour annoncer ses vertus (1 Pi 2.5,9). L'Eglise
est ainsi une communauté d'adoration et de témoignage, aussi bien rassemblée que
dispersée, peuple élu et peuple envoyé. Adoration et témoignage sont indissociables.
Nous croyons que la responsabilité de répandre l'Evangile incombe premièrement à
l'Eglise locale. L'Ecriture le suggère dans la démarche progressive suivante : "Notre
Evangile est venu jusqu'à vous" et, ensuite, "il a retenti de chez vous" (1 Thess 1.5,8).
C'est ainsi que se produit la réaction en chaîne permanente évangélisation-Egliseévangélisation.
De plus, ce qu'enseigne l'Ecriture, l'expérience le confirme. Chaque Eglise
locale a le devoir d'évangéliser la région où elle se trouve ; elle dispose des ressources
nécessaires pour le faire.
Nous recommandons à chaque communauté ou paroisse de se pencher régulièrement sur
l'étude, non seulement de ses effectifs et de ses programmes, mais aussi de la vie locale,
avec toutes ses spécificités, afin de mettre au point des stratégies missionnaires
adéquates. Ses membres pourront, par exemple, organiser une campagne de visites, être
présents dans des lieux publics, prévoir une série de réunions d'évangélisation, de
conférences ou de concerts, travailler avec les pauvres à la réhabilitation d'un quartier de
taudis, implanter une nouvelle Eglise dans un faubourg ou dans un village avoisinant...,
tout ceci sans oublier les activités générales de l'Eglise. Une Eglise qui envoie des
missionnaires veille à ne pas négliger son propre environnement, et une Eglise qui
évangélise son voisinage pense au reste du monde.
En tout ceci, chaque communauté, et chaque dénomination, travaillera, autant que
possible, avec les autres, s'efforçant de transformer tout esprit de compétition en esprit de
coopération. Les Eglises veilleront aussi à oeuvrer avec les organisations paraecclésiastiques,
notamment dans l'évangélisation et le service de la collectivité. De telles
institutions font en effet partie du corps du Christ, et possèdent des compétences
spécialisées dont l'Eglise peut tirer grand profit.
L'Eglise est voulue de Dieu pour être signe de son Royaume, c'est-à-dire signe de la
transformation que connaît une communauté humaine quand elle se soumet à sa loi de
justice et de paix. Pour être vraiment communiqué, l'Evangile doit s'incarner : cette
affirmation vaut aussi bien pour les individus que pour l'Eglise. C'est par notre amour
mutuel que le Dieu invisible se révèle aujourd'hui (1 Jn 4.12), surtout si notre communion
se manifeste dans de petits groupes, et si elle transcende les barrières de race, de rang,
de sexe et d'âge, qui divisent les hommes.
Nous regrettons profondément l'égocentrisme de tant de nos communautés, organisées
en vue de leur propre maintien plutôt que de la mission, préoccupées par leurs activités
internes au détriment du témoignage. Nous sommes résolus à ce que nos Eglises fassent
preuve de plus d'ouverture et se consacrent, de façon régulière, à atteindre le monde, afin
que le Seigneur leur ajoute chaque jour ceux qui sont sauvés (Act 2.47).
(9) Coopération dans l'évangélisation
Dans le Nouveau Testament, évangélisation et unité sont étroitement liées. Jésus a prié
pour que l'unité de son peuple reflète son unité avec le Père et que le monde croie en lui
(Jn 17.20-21), et Paul exhorte les Philippiens à "combattre d'une même âme pour la foi de
l'Evangile" (Phil 1.27). A la lumière de cette vision biblique, nous avons honte de nos
rivalités et de nos soupçons, de notre dogmatisme sur des questions secondaires, de nos
luttes pour le pouvoir, et de la construction d'empires, toutes choses qui portent atteinte à
notre témoignage. Nous affirmons que la coopération dans l'évangélisation est
indispensable, d'abord parce qu'elle est dans la volonté de Dieu, mais aussi parce que
notre manque d'unité jette un discrédit sur l'Evangile de la réconciliation et que
l'évangélisation du monde, s'il elle doit un jour être achevée, exige que nous y oeuvrions
ensemble.
"Coopérer" signifie pratiquer l'unité dans la diversité. Cela implique que des personnes
dont les caractères, les dons, les vocations, les cultures diffèrent, des hommes et des
femmes de tous âges, des Eglises autochtones et des sociétés missionnaires travaillent
ensemble.
Nous sommes résolus à laisser derrière nous, une fois pour toutes, comme un triste
héritage du passé colonial, la distinction simpliste entre pays du premier monde, qui
envoient, et ceux du tiers monde (deux-tiers monde !), qui reçoivent. La grande nouveauté
de notre époque est, en effet, l'internationalisation des missions. Non seulement une large
majorité de chrétiens évangéliques se trouve maintenant en dehors de l'Occident, mais
encore le nombre des missionnaires issus du tiers monde excédera bientôt celui des
missionnaires du premier monde. Nous croyons que des équipes missionnaires
composites mais unies de coeur et d'esprit, rendent un témoignage puissant à la grâce de
Dieu.
Quand nous parlons de "l'Eglise tout entière", nous n'avons pas la prétention d'identifier
l'Eglise universelle à la communauté évangélique mondiale : nous sommes conscients
que beaucoup d'Eglises n'appartiennent pas au mouvement évangélique. A l'égard des
Eglises catholique romaine et orthodoxe, les évangéliques ont des attitudes différentes.
Certains d'entre eux prient, dialoguent, étudient l'Ecriture et travaillent avec ces Eglises.
D'autres s'opposent vigoureusement à toute forme de dialogue ou de coopération. Tous
sont conscients que de sérieuses différences théologiques subsistent entre nous. Le cas
échéant, et aussi longtemps que la vérité biblique n'est pas compromise, une coopération
est envisageable dans des domaines comme la traduction de la Bible, l'étude de questions
théologiques et éthiques contemporaines, le travail social et l'action politique. Nous tenons
cependant à affirmer que l'évangélisation en commun exige une commune adhésion à
l'Evangile biblique.
Certains d'entre nous appartiennent à des Eglises membres du Conseil OEcuménique des
Eglises et estiment qu'une participation positive mais critique aux travaux de ce Conseil
est notre devoir chrétien. D'autres n'ont aucune relation avec lui. Tous, nous exhortons le
Conseil OEcuménique à adopter une conception fidèlement biblique de l'évangélisation.
Nous confessons notre part de responsabilité dans les divisions du corps du Christ, pierre
d'achoppement majeure pour l'évangélisation du monde. Nous sommes résolus à
rechercher avec persévérance cette unité dans la vérité pour laquelle le Christ a prié.
Nous sommes convaincus que le chemin le meilleur vers une plus étroite coopération est
un dialogue franc et patient, fondé sur la Bible, avec tous ceux qui l'ont à coeur. A ce
dialogue, nous nous ouvrons nous-mêmes avec joie.
4. LE MONDE TOUT ENTIER
L'Evangile tout entier a été confié à l'Eglise tout entière afin d'être porté à la connaissance
du monde tout entier. Il nous est donc nécessaire de comprendre le monde dans lequel
nous sommes envoyés.
(10) Le monde moderne
L'évangélisation ne s'effectue pas dans le vide. Aussi convient-il de préserver un juste
équilibre entre l'Evangile et son lieu d'insertion, c'est-à-dire de comprendre le contexte de
notre monde, pour lui parler de façon pertinente, sans laisser le contexte dénaturer
l'Evangile.
A cet égard, nous nous sommes interrogés sur les incidences de la "modernité", produit
culturel mondial né de l'industrialisation, avec sa technologie, et de l'urbanisation, avec
son ordre économique. Ces facteurs se combinent pour créer un environnement qui
influence le regard que nous portons sur le monde. S'y ajoute le sécularisme, qui a ruiné
la foi en ôtant toute signification à Dieu et au surnaturel. L'urbanisation est
déshumanisante pour beaucoup et les mass-media ont contribué à dévaloriser les notions
de vérité et d'autorité, en remplaçant le mot par l'image. Globalement, les effets de la
modernité faussent le message prêché par beaucoup et sapent l'élan missionnaire.
En 1900, à peine 9% de la population du monde vivait en ville ; en l'an 2000, ce
pourcentage pourrait dépasser 50 %. Ce mouvement d'urbanisation à échelle mondiale a
été dit "la plus grande migration de l'histoire humaine"; il constitue un défi majeur pour
l'évangélisation du monde. D'un côté, le caractère tout à fait cosmopolite des populations
urbaines met désormais les nations à notre porte dans la ville. Est-il possible d'édifier des
Eglises communes à tous, au sein desquelles l'Evangile abolisse les barrières ethniques ?
D'un autre côté, de nombreux citadins sont pauvres, déracinés, mais réceptifs à l'Evangile.
Est-il possible de persuader le peuple de Dieu de s'établir au coeur de ces communautés
urbaines défavorisées pour se mettre à leur service et de prendre part à la transformation
de la ville ?
La modernisation a des avantages et des inconvénients. Grâce aux réseaux de
communication et aux relations commerciales établis autour du globe, l'Evangile bénéficie
d'ouvertures sans précédent, traverse les anciennes frontières et pénètre les sociétés
fermées, qu'elles soient traditionnelles ou totalitaires. Les media chrétiens ont une
puissante influence pour semer l'Evangile lui-même et aussi pour préparer le terrain. Les
grandes sociétés missionnaires d'émissions radio font le plan de diffuser l'Evangile dans
toutes les langues importantes, d'ici à l'an 2000.
Nous confessons que nous n'avons pas fait tout ce que nous pouvions pour comprendre
le phénomène de la modernisation. Nous en avons utilisé sans discernement les
méthodes et les techniques, nous exposant ainsi à la "mondanité". Mais nous sommes
résolus à relever les défis et à saisir les occasions sans céder aux pressions séculières de
la modernité, à affirmer la seigneurie du Christ sur l'ensemble de la culture moderne, et à
nous consacrer à la mission dans le monde moderne, en veillant à ne pas laisser l'esprit
du monde s'y installer.
(11) Le défi de l'an 2000 et au-delà
La population du monde approche aujourd'hui les six milliards. Le tiers se réclame du
Christ. La moitié des 4 milliards restants a déjà entendu parler de lui ; ce n'est pas le cas
de l'autre moitié. Ces chiffres nous invitent à envisager l'évangélisation en prenant en
considération 4 catégories.
En premier lieu, il y a le grand potentiel missionnaire, les chrétiens engagés. Leur nombre
a progressé de 40 millions en 1900 à environ 500 aujourd'hui, et actuellement ce groupe
grandit plus de deux fois plus vite que tout autre groupe religieux important.
Deuxièmement, il y a les chrétiens de nom. Ils font profession d'être chrétiens (ils ont été
baptisés et vont à l'église occasionnellement), mais la notion d'engagement personnel
envers Jésus-Christ leur est étrangère. On en trouve dans toutes les Eglises du monde, il
est urgent de les ré-évangéliser.
Troisièmement, les non-évangélisés sont ceux qui n'ont qu'une connaissance très limitée
de l'Evangile et n'ont jamais eu vraiment l'occasion de prendre position. Ils seraient sans
doute faciles à atteindre si les chrétiens se donnaient la peine de se rendre dans la rue,
sur la route, dans le village ou la ville d'à côté.
Quatrièmement, il y a deux milliards de non-atteints, qui peuvent n'avoir jamais entendu
parler de Jésus comme Sauveur et que ne peuvent pas toucher des chrétiens de leur
propre peuple. De fait, il existe quelque 2000 peuples ou ethnies dans lesquels il n'y a
encore aucune Eglise indigène vigoureuse. Il importe de savoir que ces personnes
appartiennent à des groupes restreints et sont très conscientes des affinités qui les lient
(une culture, un langage, un habitat ou des occupations semblables). Les messagers les
plus efficaces pour les atteindre seront des croyants appartenant déjà à leur culture et
connaissant leur langage. A défaut, des messagers appartenant à d'autres cultures
devront aller leur annoncer l'Evangile en laissant de côté leur propre culture et en faisant
le sacrifice de s'identifier au peuple qu'ils ont à coeur de gagner à Jésus-Christ.
Environ 12 000 groupes de ce type, appartenant à 2000 peuples plus grands, existent
aujourd'hui. Aussi la tâche de les évangéliser n'est-elle pas impossible. Mais, à présent,
7% seulement de l'ensemble des missionnaires sont engagés dans ce genre de travail,
tandis que 93% se consacrent à la moitié du monde déjà évangélisée. Pour redresser la
situation, un redéploiement stratégique du personnel sera nécessaire.
Hélas, un facteur négatif se surajoute souvent et entrave l'effort pour atteindre les
catégories mentionnées ci-dessus : l'interdiction d'accès. Beaucoup de pays n'accordent
pas de visas aux simples missionnaires n'ayant pas d'autre qualification ou spécialité à
offrir. Pourtant, de telles zones ne sont pas complètement hors de portée. Nos prières
peuvent traverser tous les rideaux, portes ou barrières. La radio et la télévision, les
cassettes audio et vidéo, les films et la littérature peuvent atteindre ceux qui sont
inaccessibles autrement. Les "faiseurs de tentes" qui, comme Paul, gagnent leur vie, ont
également cette capacité. Ils voyagent dans le cadre de leur profession (hommes
d'affaires, professeurs d'universités, spécialistes, professeurs de langues) et saisissent
toutes les occasions de parler de Jésus-Christ. Ils ne pénètrent pas dans un pays sous de
faux prétextes puisque leur travail les y appelle vraiment ; seulement, témoigner est une
composante importante de leur vie chrétienne, quelle que soit leur situation.
Nous sommes profondément honteux que, près de deux millénaires après la mort et la
résurrection de Jésus, les deux tiers de la population du monde ne le connaissent pas
encore. Mais nous sommes également émerveillés de voir de plus en plus la puissance de
Dieu à l'oeuvre, même dans les endroits les plus défavorisés du globe.
Actuellement, l'an 2000 apparaît aux yeux de beaucoup comme un point de repère et un
défi. Serons-nous capables de nous engager à évangéliser le monde au cours de la
dernière décennie de ce millénaire ? Cette date n'a rien de magique ; mais pourquoi ne
ferions-nous pas notre possible pour atteindre ce but ? Le Christ nous donne l'ordre de
porter l'Evangile à toutes les nations. La tâche est urgente. Nous sommes résolus à lui
obéir dans la joie et l'espérance.
(12) Situations difficiles
Jésus n'a pas caché à ses disciples qu'ils devaient rencontrer de l'opposition : s'ils m'ont
persécuté, ils vous persécuteront aussi (Jn 15.20). Il leur a même dit de se réjouir dans la
persécution (Mat 5.12) et leur a rappelé que la mort est la condition sine qua non d'une vie
fructueuse (Jn 12.24).
Cette annonce du caractère inévitable et fécond de la souffrance pour les chrétiens s'est
vérifiée à toutes les époques, y compris la nôtre. Il y a eu des milliers de martyrs, et il y en
a encore aujourd'hui. Nous espérons de tout coeur que la glasnost et la perestroika
conduiront à une entière liberté religieuse en Union soviétique et dans les autres pays de
l'Est, et que les pays musulmans et hindous seront plus ouverts à l'Evangile. Nous
regrettons vivement le récent et brutal arrêt du mouvement démocratique en Chine et
prions pour que cela n'occasionne pas de souffrances supplémentaires aux chrétiens.
D'une façon générale, cependant, il semble que les religions anciennes deviennent moins
tolérantes, que les étrangers soient moins bien accueillis, et que le monde supporte moins
bien l'Evangile.
Dans cette situation, nous aimerions présenter trois observations aux gouvernements qui
sont en train de reconsidérer leur attitude à l'égard des chrétiens :
Premièrement, les chrétiens sont des citoyens loyaux qui veulent le bien de leur pays,
prient pour ses dirigeants et paient impôts et taxes. Toutefois, les chrétiens, parce qu'ils
reconnaissent Jésus comme Seigneur, ne peuvent pas donner également ce titre à
d'autres autorités qui, si elles l'exigeaient ou demandaient d'enfreindre un commandement
de Dieu, devraient être désobéies. En dehors de cela, les chrétiens sont des citoyens
consciencieux. Ils contribuent au bien-être et à l'équilibre du pays par la stabilité de leur
mariage et de leur foyer, leur honnêteté en affaires, leur dur labeur et leur activité
bénévole au service des handicapés et des nécessiteux. Un gouvernement légitime n'a
rien à redouter de la part des chrétiens.
Deuxièmement, les chrétiens se refusent à utiliser des méthodes indignes de
l'évangélisation. Certes, par nature, notre foi exige que l'Evangile soit communiqué aux
autres, mais nous veillons à le présenter de façon ouverte et impartiale, en laissant les
auditeurs libres de se faire leur propre opinion. Nous souhaitons faire preuve de sensibilité
vis-à-vis des autres croyances que la nôtre et nous rejetons toute démarche conduisant à
des conversions forcées.
Troisièmement, les chrétiens souhaitent profondément la liberté religieuse pour tout le
monde et pas uniquement pour le christianisme. Dans les pays à majorité chrétienne, les
chrétiens sont les premiers à demander la liberté pour les minorités religieuses. En
conséquence, dans les pays à majorité non chrétienne, les chrétiens ne font que réclamer
pour eux-mêmes ce qu'il exigent pour les autres dans des conditions analogues. La liberté
de "professer, pratiquer et propager" sa religion, selon la Déclaration universelle des Droits
de l'Homme, est un droit qui peut et doit être mutuellement reconnu.
Nous regrettons vivement tout témoignage indigne dont les disciples de Jésus se sont
rendus coupables. Nous nous efforcerons de ne donner aucun sujet de scandale en quoi
que ce soit, de peur que le nom du Christ ne soit déshonoré. Il nous est cependant
impossible d'éviter le scandale de la croix. A cause du Christ crucifié, nous demandons à
Dieu d'être prêts, par sa grâce, à souffrir et même à mourir. Le martyre est une forme de
témoignage que le Christ a promis d'honorer particulièrement.
5. CONCLUSION : proclamer le Christ jusqu'à ce qu'il vienne
"Proclamer le Christ jusqu'à ce qu'il vienne", tel a été le thème de Lausanne II. Nous
croyons, bien sûr, que le Christ est déjà venu, à l'époque où César Auguste était empereur
à Rome. Mais un jour, nous le savons puisqu'il l'a promis, il reviendra dans une indicible
splendeur, pour établir dans sa plénitude son Royaume. Nous devons veiller et être prêts.
En attendant, le temps qui sépare les deux venues de Jésus est celui de la mission
chrétienne. Il nous a été ordonné d'aller jusqu'aux extrémités de la terre pour y porter
l'Evangile, et nous avons la promesse que la fin du monde viendra seulement lorsque
nous aurons accompli notre tâche. Les deux fins (de l'espace et du temps) doivent
coïncider. Jusque là, jusqu'à la fin du monde, le Christ s'est engagé à être avec nous tous
les jours.
La mission chrétienne est donc une tâche urgente. Nous ignorons combien de temps il
nous reste. Il n'y a en tout cas pas de temps à perdre. Pour faire face à cette urgente
responsabilité, diverses qualités nous seront nécessaires : l'unité (nous devons
évangéliser ensemble) et l'esprit de sacrifice (nous devons évaluer le prix à payer et
l'accepter). A Lausanne, nous nous sommes engagés à "prier, faire des projets et agir
ensemble en vue de l'évangélisation du monde". A Manille, notre Manifeste affirme que
l'Eglise entière est appelée à porter l'Evangile entier au monde entier : avec le sens de
l'urgence, dans l'esprit d'union et de sacrifice exigé, proclamer le Christ jusqu'à ce qu'il
vienne.